“Ce qui m’a le plus marquée, c’est le côté humain de la Fegentri”, Sara Vermeersch

Thomas Guineheux et Sara Vermeersch, lauréats des Longines World Fegentri Championships for Lady and Gentlemen Riders 2017.
Crédit : Longines

Mercredi 04 avril - 11h09 | Propos recueillis par Anaïs Durr

“Ce qui m’a le plus marquée, c’est le côté humain de la Fegentri”, Sara Vermeersch

Jockey d’obstacles et de plat, distingué par la Cravache d’Or en 2016 ainsi que par la cravache de Bronze en plat et obstacles la même année, Thomas Guineheux a remporté en 2017 le Longines World Fegentri Championship for Gentlemen Riders. De son côté, après Claudine Stiennon en 1981 et Patrick Deno en 2011, la jockey Sara Vermeersch, gagnante chez les dames, est devenue la troisième amateur belge à remporter le Longines World Fegentri Championship for Lady Riders.GRANDPRIX-Replay.com est allé à la rencontre de ces deux jockeys amateurs à qui tout a souri en 2017. 

GRANDPRIX-Replay.com : Comment êtes-vous devenu jockey amateur ?
Thomas Guineheux : J’ai vingt-trois ans et je suis jockey amateur depuis six ans. Contrairement à la plupart des jockeys, je suis le seul dans ma famille à évoluer dans le milieu du cheval. Cet attrait pour les chevaux, et en particulier pour les courses hippiques, s’explique par le fait que mes parents habitaient tout près de l’hippodrome de Caen et que nous allions aux courses de temps en temps. Un jour vers l’âge de quatorze ans, j’ai frappé à la porte d’un entraineur de la région et j’ai commencé par sortir les “papis” de l’écurie, j’ai rapidement progressé et j’ai enchainé avec les chevaux d’obstacles. J’ai abandonné l’idée d’être jockey professionnel, car étant grand, il était fort probable que j’ai un jour des problèmes avec mon poids. J’ai donc entrepris des études et j’ai pris ma première licence amateur à dix-sept ans. En raison de mon manque d’expérience j’ai mis deux ans à gagner ma première course, c’est très long, on m’a souvent conseillé d’arrêter, je faisais partie des pires amateurs du circuit. Et puis j’ai finalement commencé à avoir des résultats, jusqu’à m’installer durablement dans en haut des classements. Tous mes efforts ont été récompensés l’an dernier quand la fédération française des jockeys amateurs m’a choisi pour participer aux Fegentri.
 
Sara Vermeersch : Ma mère était cavalière et c’est elle qui m’a transmis le virus des chevaux. J’ai commencé à monter vers l’âge de cinq ans dans un centre équestre, puis vers neuf ans j’ai regardé le film Seabiscuit. C’est à ce moment précis que j’ai décidé de devenir jockey ! Le problème c’est que la Belgique est un petit pays, y compris le monde des courses. Il est compliqué d’y devenir jockey professionnelle. Quelques années plus tard, j’ai acheté à une amie l’un de ses chevaux de courses réformé, et j’allais courir avec lui sur les hippodromes simplement pour le plaisir. Un jour, des entraineurs présents en bord de piste m’ont approchée et m’ont demandé si je voulais devenir jockey. C’est comme cela que tout a commencé. J’ai monté pour l’un d’entre eux dans des petites courses, j’ai été présentée à Nino Minner, l’un des meilleurs entraineurs en Belgique. Il m’a pris sous son aile et j’ai monté ses chevaux tous les week-ends pendant plusieurs années.
 
GPR. : Pouvez-vous nous en dire davantage sur la Fegentri ? 
T.G : La Fegentri est un championnat du monde de plat pour les jockeys amateurs. Chaque année, un amateur par pays est choisi en fonction de ses résultats. En 2017, le championnat se déroulait du 5 février au 18 décembre et comportait dix-huit courses dans onze pays différents. À la fin des dix-huit courses, Longines récompense le meilleur jockey et la meilleure jockey lors de l’Assemblée Générale de la Fegentri, qui a eu lieu en Janvier à Pise cette année.  

“Longines apporte toute son élégance et son prestige à la compétition”

“Longines apporte toute son élégance et son prestige à la compétition” - “Ce qui m’a le plus marquée, c’est le côté humain de la Fegentri”, Sara Vermeersch

Thomas Guineheux et Sara Vermeersch ont été récompensés lors du dîner de gala de l’Assemblée générale de la Fegentri, à Piste.
Crédit : Longines

GPR : Comment fonctionne le classement ? 
T.G : Nous sommes évalués sur notre régularité, pas seulement sur le nombre de victoires. Un système de points a donc été mis en place :  à l’arrivée le premier gagne vingt points, le second douze, le troisième huit, etc. De fait, chaque course est importante. À la fin de la saison, celui qui a le plus de points remporte le championnat. Pour ma part, j’ai engrangé cinq victoires et cinq deuxièmes places. Tout au long de la saison, je me suis disputé la tête du classement avec le jockey espagnol.
 
GPR : Qu’apporte le partenaire de la Fegentri, Longines, au championnat ? 
T.G : Longines apporte toute son élégance et son prestige à la compétition, ce qui est très appréciable. Nous devons respecter un code vestimentaire et c’est plutôt agréable d’être bien habillé finalement. Cela nous permet de nous différencier des jockeys professionnels. Nous sommes surement moins bons qu’eux à cheval, alors avoir une belle image nous distingue un peu. Sans Longines, nous serions des jockeys lambda. Et puis après tout, “Elegance is an attitude” (rires, ndlr)
 
S.V : Je pense que le fait que Longines soit notre partenaire est très important, dans le sens où cela attire les regards sur le circuit de la Fegentri. Leur financement et leur influence permettent aussi d’accroitre la popularité des courses dans les pays où nous courrons. Nous avons eu la également la chance de recevoir de très belles montres Longines de la part de Juan-Carlos Capelli, le vice-président et directeur marketing international de la marque. 
 
GPR : Est-ce qu’une course vous a marquée plus que les autres ? 
T.G : Celle de Saint-Cloud parce que sur le papier j’étais quasiment perdant d’office. On m’avait attribué le cheval le moins bon de la liste, et mon plus redoutable adversaire, l’Espagnol, était en selle sur l’un des favoris. De plus, la course se déroulait en octobre, c’était donc l’une des dernières. À ce moment-là, nous jouions le championnat et j’étais au coude à coude avec l’Espagnol. S’il avait gagné cette course il aurait pris une bonne longueur d’avance vers la victoire. Mais à la surprise générale, je l’ai emportée, en prenant une option invraisemblable, puisque je me suis déporté totalement à l’extérieur de la piste dans la dernière ligne droite. La course de Saint-Moritz reste également inoubliable. Je ne finis que deuxième mais courir sur le lac gelé offre des sensations uniques et incroyables. Même les paysages enneigés sont magiques. C’est un autre monde, un monde de luxe avec une sacrée ambiance.
 
S.V : Par rapport aux courses en elles-mêmes, chaque pays a ses spécificités et j’ai trouvé cela génial de pouvoir toutes les tester. Aux Etats-Unis par exemple, les courses se courent bien plus vite qu’en Europe, et il y a moins de tactique. En Europe, même si on ne monte pas l’un des favoris de la course lorsqu’on est un bon jockey on a une chance de gagner. Aux Etats-Unis, ce cas de figure est quasiment impossible, c’est presque toujours celui qui a le cheval le plus rapide qui gagne. Les courses américaines m’ont également marquée car il y a tout un spectacle assez impressionnant autour de la compétition. Par exemple, il y a des poneys qui nous accompagnent sur la ligne de départ, etc. Les quelques jours que l’on a passés au Chili étaient également hors du commun. Les jockeys chiliens ont la particularité d’entrainer les chevaux à cru, on a donc dû faire comme eux et monter les chevaux sans selle lors des entrainements. C’était spécial.

“Je suis devenue jockey professionnelle grâce à ma victoire dans la Fegentri”

GPR : Est-ce que devenir champion du monde amateur de plat a influé sur votre cote de popularité auprès des entraîneurs ? 
S.V : Je suis devenue jockey professionnelle grâce à ma victoire dans la Fegentri. En devenant championne du monde des courses amateurs, j’ai prouvé au gens du milieu que je montais bien.  En Belgique, c’est dur de devenir professionnel et il faut aller dans des pays voisins, en France ou en Allemagne par exemple, pour courir suffisamment de courses et ainsi en vivre. Or, il est plus compliqué de se faire un nom à l’étranger. Lors de la Fegentri, on s’exerce dans les autres pays, ce qui nous permet justement de nous faire remarquer à l’étranger. En France cela n’a pas vraiment fonctionné parce qu’il y a déjà un certain nombre de jockeys sur le marché, mais par exemple en Allemagne - où j’ai pris part à quatre ou cinq courses -, les entraineurs et les propriétaires m’ont repérée et quelques-uns m’ont rappelée pour que je vienne monter leurs chevaux. Ce championnat m’a indéniablement ouvert des portes.
 
GPR : Que retenez-vous de cette expérience ? 
T.G : La France est le seul pays où l’on ne peut être sélectionné qu’une fois pour les Fegentri. C’est donc une énorme opportunité, malheureusement unique. Participer à cette aventure était surtout synonyme de beaucoup de plaisir. J’ai eu la chance de courir sur des pistes aux quatre coins du monde et d’échanger avec d’autres jockeys. Nous étions concurrents le temps de la course, mais amis le reste du temps. Je remercie le Club des amateurs français de m’avoir donné ma chance et de m’avoir permis de vivre cette expérience.
 
S.V : La Fegentri offre un circuit très sympathique à expérimenter. On voyage beaucoup et on a la chance de participer à tout un panel de courses très varié. Au début, surtout lorsqu’on est jeune comme moi, c’est dur de prendre l’avion seul et de ne plus voir ses proches. J’étais aussi stressée de rencontrer les autres jockeys. Mais en réalité, c’était une aventure incroyable, on rencontre beaucoup de monde du milieu des courses avec qui on apprend énormément et les autres jockeys sont rapidement devenues des copines. La course dure trois minutes, ce n’est qu’une petite partie de l’expérience, ce qui m’a le plus marquée c’est le côté humain de la Fegentri.
 

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