“Je suis fier d’avoir formé trois chevaux ayant participé aux Jeux équestres mondiaux”, Benjamin Robert

Formateur de Quickly de Kreisker, Qlassic Bois Margot, Ohm de Ponthual ou encore HH Conrad, Benjamin Robert a vu passer sous sa selle de vraies stars du saut d’obstacles international. Originaire du Sud-Ouest, il a un temps travaillé avec Bruno Souloumiac et Kevin Staut, chez qui il a eu la chance de côtoyer quelques cracks de l’équipe de France. Aujourd’hui installé à Furnes, à vingt-cinq kilomètres de Dunkerque, juste de l’autre côté de la frontière Belge, le cavalier de trente-neuf ans développé depuis peu sa propre structure et collabore avec le célèbre Nelson Pessoa. Entretien.



Ze Carioca, ici sous la selle de Rodrigo Pessoa, a rejoint les écuries de Benjamin Robert en janvier dernier avec son frère utérin, El London King.

© Sportfot

Après avoir longtemps travaillé en France, vous avez récemment choisi de créer votre propre structure en Belgique. Pourquoi avoir choisi de vous expatrier? 

J’ai travaillé pour Bruno Souloumiac, près de Dinard, puis j’ai loué ses écuries pendant quelques années. Les infrastructures étaient formidables et cela marchait bien, mais nous étions un peu loin de tout. J’ai choisi la Belgique pour me rapprocher de nombreux terrains de concours. Ici, il y a plus de passage et d’opportunités commerciales.

Quand avez-vous ouvert vos écuries et quels sont vos objectifs avec cette structure? 

En 2015, je me suis installé dans mes premières écuries en Belgique, où j’ai un peu travaillé avec Jean-Maurice Bonneau. Puis, avec ma compagne Charlien, nous avons ouvert nos nouvelles écuries près de Veurne (traduction flamande de Furnes, ndlr), en octobre. Nos principales activités restent la valorisation et le commerce, mais je ne suis pas marchand. Par la force des choses, je dois évidemment finir par vendre mes chevaux, mais ils n’arrivent pas pour l’être dès le lendemain. Je préfère prendre le temps de les former et attendre qu’ils soient vraiment prêts avant de les commercialiser. Nous avons également une partie élevage dont s’occupe ma fiancée pour le compte de plusieurs propriétaires. Aujourd’hui, nous avons trente-cinq poulains et dix poulinières. Cela nous donne un peu de travail mais c’est très sympa.

Vous collaborez avec Nelson Pessoa qui a vous a confié des chevaux comme ZE Carioca (SCSL,  Canturo x Kannan) et son frère utérin El London King (OC, Carembar de Muze alias London) en janvier. Comment avez-vous rencontré le “sorcier brésilien” et que retirez-vous de ce partenariat? 

J’ai commencé à travailler avec Nelson lorsque j’ai rencontré des difficultés avec un cheval. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus et il m’a proposé de faire travailler un cheval un peu compliqué. Voyant que cela se passait de mieux en mieux avec lui, Neco m’a petit à petit confié d’autres chevaux. Tous ont été commercialisés lors d’une vente qu’il a organisée l’an dernier. Ensuite, il m’a confié ZE Carioca, dix ans, et El London King, sept ans, ainsi que des chevaux appartenant à ses amis et propriétaires. Il y en a une dizaine au total. C’est vraiment une super collaboration. Neco est un incroyable homme de cheval avec lequel j’ai l’opportunité de travailler entre trois et quatre jours par semaine, ce qui est vraiment formidable. Grâce à lui, en quelques mois, j’ai observé une progression assez remarquable de mes chevaux et de mon équitation. Il part du principe qu’aucun cheval n’est mauvais, ce que je trouve très bien. Il essaie toujours de faire ressortir le potentiel de chacun, sans en laisser aucun de côté.

Quelles sont les qualités et les défauts de ces deux étalons et avec quels objectifs les faites-vous travailler?

Ils n’ont pas beaucoup de défauts. Carioca pouvait paraître un peu lent, mais ce n’est plus le cas du tout. Il a beaucoup d’énergie et une super personnalité. Tous les deux ont la même mère et partagent un incroyable respect de la barre ainsi qu’un très bon galop. En revanche, ils n’ont pas du tout le même modèle: Carioca est plus grand et un peu plus horizontal tandis que London a beaucoup de sang et ressemble énormément à son père. Il a beaucoup gagné à six ans. C’est un véritable cheval de concours, qui rentre toujours en piste pour gagner. Ce sont deux étalons avec un très bon caractère, qui vivent au box à côté de juments sans le moindre souci. Étant nés chez Neco, ils connaissent son système de travail depuis leurs débuts. Lorsqu’ils sont arrivés chez moi, ils étaient déjà très avancés, notamment Carioca, plus âgé, qui a évolué avec Rodrigo (Pessoa, le fils de Nelson, ndlr). L’objectif pour ces deux chevaux est d’être commercialisés. Aujourd’hui, ils sont prêts à concourir, mais il faudrait que les compétitions reprennent. C’est cela qui nous manque. S’il n’y a pas de changement de dernière minute, nous devrions reprendre dans deux semaines à Lanaken. 

Après une première structure en Belgique en 2015, Benjamin Robert a ouvert, en octobre, une nouvelle écurie près de Veurne.

© Écuries Benjamin Robert



“Je ne suis pas un marchand dans l’âme, alors je n’aime pas voir partir mes chevaux "

Formé par Benjamin Robert, Qlassic Bois Margot passera ensuite sous la selle de Simon Delestre.

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Dans quel état d’esprit faites-vous travailler vos chevaux ?  

Ils ne sautent pas énormément mais travaillent beaucoup sur le plat. Par exemple, j’essaie vraiment de leur donner un bon galop. Nous effectuons pas mal d’exercices de dressage de base afin d’obtenir du contrôle et toujours beaucoup de relâchement. L’équitation en France est un art; je ne crois pas en une équitation coercitive et une formation accélérée des chevaux. Nous devons moderniser nos techniques sans oublier le fonctionnement naturel du cheval.

Vous avez formé d’excellents chevaux comme Quickly de Kreisker (SF, Diamant de Semilly x Laudanum, Ps), Qlassic Bois Margot (SF, L’Arc de Triomphe x Galoubet A), ou encore HH Conrad (Holst, Con Air x Locato). Quel regard portez-vous sur leurs carrières à haut niveau? Conservez-vous certains regrets? 

Des regrets, non, mais j’aurais bien sûr aimé que Quickly ou Qlassic accomplissent toute leur carrière avec moi. Nous avons tous envie de faire du sport. À chaque fois que j’ai un bon cheval et qu’il est prêt, il finit par être vendu. C’est un peu frustrant, mais je ressens de la fierté quand je les vois briller en piste, même si je ne le crie pas sur tous les toits. Ces trois anciens chevaux ont pris part aux Jeux équestres mondiaux, et nous avons effectué des saisons complètes ensemble, surtout avec Quickly et Qlassic. Il est toujours gratifiant de voir ses chevaux participer à de grandes échéances comme celles-ci. 

Certains de vos chevaux vous appartiennent-ils?

J’en ai quelques-uns à moi, oui, mais beaucoup moins, car nous en avons vendus pour acheter cette nouvelle écurie. J’ai notamment un poulain d’un an issus des étalons Emerald van’t Ruytershof, Kashmir van Schuttershof et Heartbreaker, mais il faudra attendre encore un peu pour le voir performer! (rires)

Avez-vous également des objectifs sportifs? Quid de l’équipe de France?

Tout le monde en rêve. Si j’avais l’opportunité de le garder, Carioca serait prêt pour ce genre d’objectif par exemple – Neco et moi en sommes persuadés. Aujourd’hui, c’est malheureusement difficile et les places sont de plus en plus chères. Il faut vendre beaucoup ou bénéficier d’un soutien important financier. C’est pourquoi je suis d’ailleurs à la recherche de partenaires. Je ne suis pas marchand dans l’âme, je n’aime pas voir partir mes chevaux. Je le fais car nous en avons besoin pour rentabiliser notre structure. Pour autant, je prends vraiment mon temps avec eux, il n’y a pas de pression de temps ou de résultats. Ce sont eux qui me guident dans le travail. Mais oui, le haut niveau est clairement mon objectif.

Comment se portent vos activités commerciales compte tenu des crises sanitaires actuelles?

Nous avons vu beaucoup moins de clients, donc le commerce a été moins actif en 2020 que les années précédentes. Je crois que c’est un peu le cas pour tout le monde, donc il faut faire avec. 

J’ai vendu un peu moins bien les chevaux que ce que je n’espérais, je les ai plutôt exportés, mais il n’y avait pas d’essai possible. Je n’ai pas beaucoup concouru non plus l’an dernier (trois concours internationaux et seulement vingt et une épreuves, ndlr). Quant à la rhinopneumonie, à part décaler un peu la saison, cela ne nous a pas beaucoup touchés. Lorsque nous avons eu connaissance de l’épidémie, nous avons fermé les écuries et plus personne n’est venu pendant deux ou trois semaines. Heureusement, la situation semble se stabiliser.

Le crack d'Abdelkebir Ouaddar, Quickly de Kreisker, lui aussi formé par Benjamin Robert, ira jusqu'aux Jeux olympiques de Rio en 2016

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